Les Amis des Aveugles au Parlement wallon

Ce 19 octobre, les Amis des Aveugles et d’autres associations typhlophiles sont au Parlement wallon afin de sensibiliser les députés régionaux à la déficience visuelle et aux problèmes liés à la thématiques. A lire ci-dessous le texte de leur interpellation.

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Interpellation des parlementaires wallons autour de la déficience visuelle

Préambule

En 2009, la Belgique ratifiait la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes en situation de handicap. Cinq ans plus tard, en 2014, le Comité des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées concluait que la Belgique avait encore du chemin à parcourir pour que soient garantis les droits des personnes en situation de handicap. Etaient notamment mis en évidence l’accès aux services de soutien, les problèmes structurels liés à l’accessibilité, la sous-représentation des personnes en situation de handicap sur le marché du travail et les efforts à maintenir en matière d’enseignement inclusif.

En 2016, la Belgique est à nouveau épinglée par le Commissaire aux droits de l’homme du conseil de l’Europe qui souligne que la Belgique ne respecte pas les droits des personnes handicapées à l’autonomie de vie et à l’inclusion dans la société. Droit inscrit dans la convention de l’ONU, l’autonomie et l’offre de service de proximité devraient constituer une priorité du gouvernement.

Devant l’urgence, nous formulons le vœu que l’intégration sociale des personnes ayant un handicap et l’amélioration de prestation des services de soutien personnalisés soient accélérés. Nous espérons des effets et des décisions en ce sens, de sorte que la Belgique aille dans le sens des recommandations formulées par le Comité et développe un plan d’intégration global.

L’inclusion des personnes en situation de handicap tout au long de la vie ne peut se réaliser qu’en adoptant une approche globale et transversale de la politique du handicap. Dans le cadre de la création de l’AVIQ, reprenant, en Région wallonne, les compétences transférées suite à la 6ème réforme de l’état, comment concevoir une politique du handicap efficace et efficiente, de nature à garantir le respect de toutes les recommandations issues de la Convention de l’ONU ?

Comment assurer que ce processus de décentralisation négociera avec succès le défi posé par la transversalité, en matière d’organisation ?

Certaines matières étant situées au carrefour de différentes politiques, comment les organiser de manière optimale afin de répondre aux besoins des usagers et aux inquiétudes du secteur ? Comment seront articulées les politiques de santé et du handicap, notamment pour ce qui touche aux conventions de rééducations fonctionnelles spécifiques ?

Comment garantir la mobilité des citoyens belges, dans le cadre des transferts de compétences ?

Face au vieillissement de la population, comment répondre aux besoins des aînés non et malvoyants qui bénéficient actuellement d’une aide plus que marginale. Comment favoriser le maintien à domicile et octroyer les aides publiques, quel que soit l’âge ?

L’accessibilité

Enjeu majeur des rapports sociaux, de l’autonomie, de l’inclusion dans la société et, partant, de la qualité de vie, l’accessibilité favorise l’élargissement de l’accès à la citoyenneté pour tous.

Inscrite dans une conception universaliste, elle devrait devenir un réflexe de manière à garantir l’accès à tout, pour tous et devrait représenter, dans le chef du législateur, le premier maillon de toute politique publique.

L’accessibilité universelle dépasse la problématique du handicap puisqu’elle vise à répondre aux besoins spécifiques de l’ensemble de la population qui peuvent être induits par leur taille, leur état, leur âge ainsi qu’en raison d’une déficience permanente ou temporaire. Concernant l’accès aux biens, services ou activités, l’accessibilité s’incarne dans des champs pluri-thématiques tels que la scolarisation, le logement, l’insertion professionnelles, les pratiques culturelles et sportives, etc.

Nous souhaitons que le gouvernement veille à adopter les mesures nécessaires au plan législatif, de manière à mettre en œuvre la mise en place d’un plan d’accessibilité global en Région wallonne, ainsi que le revendique notamment le CAWaB (Collectif Accessibilité Wallonie Bruxelles).

Nous espérons que le développement de biens, services et installations répondant au concept d’accessibilité universelle soient encouragés et, plus particulièrement :

  • Dans le domaine de la mobilité assistée par chiens guides où il reste nécessaire de renforcer l’accessibilité des chiens en fonction et des jeunes chiens en formation. En effet, bien que l’arrêté du Gouvernement Wallon de 2011 fixe le cadre de l’accessibilité des chiens guides, le principe de libre accès n’est pas encore garanti : manque d’information du grand public ou des professionnels concernés, dépôt de plainte en cas de refus d’accès fonctionnellement inexistant, procédure de dérogation au libre accès formellement inorganisée, etc. A ce stade, le décret ne permet donc pas aux personnes déficientes visuelles de faire valoir leurs droits.
  • Dans le domaine culturel, touristique et des loisirs (incluant également les pratiques sportives) où des moyens spécifiques doivent être mis en œuvre afin de répondre aux attentes du public à besoins spécifiques. L’accès à cette offre de service demande des interventions sur mesure, en ce compris l’utilisation des nouvelles technologies, l’adaptation des supports dont l’audiodescription (notamment au cinéma), la transcription, la transposition dans d’autres modalités sensorielles, etc.

Nous plaidons également pour que la formation initiale et continue des professionnels soit soutenue dans les matières intégrant, d’une part le handicap et, d’autre part l’accessibilité universelle de manière à la favoriser dans ses différents champs.

La scolarité

L’accompagnement scolaire permet aux jeunes déficients visuels d’être scolarisés dans les écoles ordinaires grâce à l’aide d’un accompagnateur. Les jeunes utilisent un matériel adapté et des transcriptions réalisées par les associations.

En quoi consiste le travail de l’accompagnateur : Il est présent au côté du jeune pour l’aider dans les matières les plus difficiles au niveau visuel (mathématiques, géographie…). Il accompagne l’élève en classe où lors de séances à domicile, plusieurs dizaines d’heures par mois. L’accompagnateur est aussi un soutien moral important dans les difficultés que rencontrent l’enfant et sa famille. Il est présent à chaque étape de la scolarité de l’enfant et travaille en étroite collaboration avec les enseignants sur le terrain. Il est le relai entre l’école, les parents et le jeune et fait également le lien avec le centre de transcription chargé de transcrire et adapter les cours.

Chaque année, de nombreux élèves terminent le cycle de l’enseignement secondaire et obtiennent leur diplôme. Si cela parait naturel, pour certains, comme les jeunes déficients visuels, ce moment marque l’aboutissement d’un projet marqué par de nombreuses embûches liées au handicap, ainsi qu’un investissement conséquent en temps et en énergie. L’accompagnement scolaire est très peu subsidié et pour certaines associations pas du tout subsidié.

Les associations assurent ce travail depuis de longues années (plus de 20 ans pour certaines d’entre elles) à la demande des parents qui sont démunis face à la scolarité de leur enfant. Les parents surtout en Wallonie, n’ont pas toujours la possibilité de scolariser leur enfant en enseignement spécialisé étant donné les distances importantes à parcourir. De plus, l’intégration en milieu scolaire ordinaire, s’il est bien accompagné est un véritable moteur pour l’autonomie et l’intégration dans la société.

Chaque année les associations doivent refuser de suivre certains jeunes faute d’encadrement suffisant, les familles se retrouvent donc sans solution. Il est indispensable de trouver une solution pour financer l’inclusion scolaire étant donné que les associations n’arrivent plus à faire face au nombre croissant de demandes.

L’aide aux personnes de plus de 65 ans

Toutes les personnes, indépendamment de leur âge, devraient pouvoir bénéficier des dispositions prévues par les pouvoirs publics.

Ceci ne se traduit malheureusement pas toujours dans la réalité puisque les personnes devenues handicapées après 65 ans ne bénéficient pas de toutes les aides régionales favorisant leur autonomie. Il en est ainsi des aides individuelles octroyées par les politiques régionales d’aide aux personnes handicapées telles que l’AViQ.

Ainsi, une personne aveugle ou malvoyante qui devient handicapée après 65 ans ne bénéficie d’aucune aide publique pour financer des cours de locomotion, l’achat d’une canne blanche ou encore l’acquisition d’une vidéo-loupe, d’une synthèse vocale ou d’une barrette braille.

Ces aides individuelles permettent pourtant à la personne handicapée âgée une meilleure qualité de vie et peuvent ainsi postposer voire écarter l’entrée en MR, MRS ou autres structures d’accueil collectif. Cette qualité de vie obtenue au domicile de la personne se double d’une économie financière importante pour la société.

Cette discrimination est contraire aux fondements de la Convention des Nations-Unies (notamment les articles 19 et 26) qui a pour objet de promouvoir, protéger et assurer la  jouissance des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour les personnes handicapées.

Cette situation discriminatoire exige une solution rapide d’autant plus que les aides individuelles constituent pour les personnes handicapées âgées un tremplin pour leur maintien à domicile. Ce problème est de plus en plus préoccupant dans la mesure où le nombre de personnes âgées (65 ans et plus) est en augmentation constante.

Ce questionnement tombe à point nommé puisqu’il s’inscrit dans la dynamique du transfert de compétences afférent à la 6ème réforme de l’État. Plus spécifiquement, les aides à la mobilité qui dépendaient de l’INAMI font partie du paquet institutionnel de cette 6ème réforme et une décision devra être prise sur la gestion de cette nouvelle compétence.

Il en va de la responsabilité du gouvernement wallon de voter au plus vite un budget permettant de répondre à ces besoins.

La surdicécité

Une personne est atteinte de surdicécité si elle présente un déficit à la fois visuel et auditif. Ces deux déficits sensoriels la mettent dans une situation qui n’est ni celle d’une personne uniquement malvoyante, ni celle d’une personne uniquement malentendante. La combinaison des deux implique des besoins et des moyens de communication adaptés, variables selon l’âge d’apparition et du degré des déficiences sensoriels.

Ces personnes sont atteintes de Surdicécité, handicap unique, résultat d’une double déficience.

La situation des personnes dites « sourdaveugles » est préoccupante, car méconnue. Au-delà des besoins liés à la déficience visuelle et des besoins liés à la déficience auditive, la surdicécité nécessite une prise en charge globale et multidisciplinaire de la personne.  Nous sommes en présence de deux déficiences qui forment un seul handicap et non la somme de deux handicaps.

La déclaration du Parlement européen sur les droits des personnes sourdaveugles prévoit notamment « le droit de recevoir une assistance particulière dispensée par des personnes possédant des compétences spécialisées ». (Journal officiel de l’union européenne, 1er avril 2014)

En Wallonie, il existe des services pour personnes déficientes visuelles et d’autres pour les personnes déficientes auditives, mais aucun pour les personnes en situations de surdicécité. Rares sont les professionnels qui connaissent la surdicécité, qui ont les moyens de communication (ex: langue des signes tactile, Haptic communication,…) et les outils pour comprendre leurs besoins et y répondre.Par contre, en Flandre, des structures adaptées existent.

Face à ce constat, une plateforme surdicécité s’est constituée d’associations et de professionnels du handicap sensoriel en Belgique Francophone ainsi que de témoins sourdaveugles.

Une enquête soutenue par l’AVIQ a mis en évidence le nombre, les besoins et les manquements spécifiques de ces personnes. Les résultats ont été présentés au Comité de Direction de l’AVIQ en juin 2015.

A ce jour, les personnes sourdaveugles et les professionnels attendent une reconnaissance officielle de la surdicécité comme handicap unique.

Il est maintenant indispensable de trouver les moyens pour:

  • Financer les formations des professionnels aux techniques d’éducation et de rééducation spécifiques et-
  • Permettre l’accès à l’information et à la communication par des interprètes spécialisés.

Conclusion

Bien que les principes pour construire une politique du handicap favorisant l’inclusion des personnes handicapées soient définis depuis de nombreuses années (notamment au travers de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées), force est de constater que ceux-ci ne sont pas encore implémentés, dans les faits.

Nous souhaitons que la politique du handicap se réalise de manière globale et transversale entre tous les niveaux de pouvoir et qu’elle réponde aux nombreuses inquiétudes des professionnels et des personnes directement concernées.

En particulier, nous plaidons pour que l’accès aux services de soutien soit optimisé, que l’actuelle mobilité des citoyens dans le secteur des soins soit maintenue et garantie et qu’une politique budgétaire forte, tenant compte des spécificités et besoins du domaine soit mise en place.

Ainsi, il nous semble indispensable qu’un plan d’accessibilité global soit mis en place et que, parallèlement, la formation initiale et continue des professionnels soit soutenue dans les matières intégrant, d’une part le handicap et, d’autre part l’accessibilité universelle. Dépassant la problématique du handicap et concernant tant l’accès aux biens qu’aux services et aux activités, ces mesures seront de nature à répondre aux besoins spécifiques d’une part importante de la population.

En matière de formation, l’enseignement inclusif constitue un véritable moteur pour l’autonomie et l’intégration dans la société. Nous insistons pour que les financements alloués à ce secteur tiennent compte des réalités de terrain et des besoins des enfants et des jeunes scolarisés. De manière complémentaire, il serait souhaitable que les services accompagnant ces jeunes dans leur scolarité soient subsidiés de manière à pouvoir répondre à tous.

La problématique du handicap se pose de façon tout à fait particulière dans le contexte de l’avancée en âge puisqu’au-delà de 65 ans, les personnes ne bénéficient pas de toutes les aides régionales auxquelles peuvent prétendre les plus jeunes. Dans une société où le nombre de personnes âgées est – et sera – en augmentation constante, il semble inconcevable que l’on ne puisse bénéficier des dispositions prévues par les pouvoirs publics, quel que soit l’âge. Par ailleurs, maintenir la qualité de vie de la personne âgée au domicile représente une économie considérable dans la mesure où l’entrée en maison de repos – ou autre structure – est retardé, voire annulé.

Enfin, nous souhaitons que le gouvernement reconnaisse officiellement la surdicécité comme handicap unique et trouve les moyens pour apporter les services nécessaires aux personnes souffrant de cette double déficience, à l’instar de ce qui se fait déjà en Flandre ou dans d’autres pays.

  • Amis des Aveugles et Malvoyants
  • La Ligue Braille
  • La Lumière
  • Œuvre nationale des Aveugles (O.N.A)

 

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Le 19 octobre – visite guidée du Parlement wallon pour aveugles et malvoyants

Venez découvrir le coeur de la démocratie en Wallonie !

A l’occasion d’une journée de sensibilisation à la déficience visuelle, le Parlement de Wallonie vous invite à une visite guidée, ce mercredi 19 octobre 2016 à 14h. Un parcours adapté sera mis en place pour vous faire vivre une expérience de 30 minutes, riche de sens.

parlement-wallonComposé de 75 députés élus directement par les citoyens wallons, le Parlement de Wallonie établit les décrets qui régissent la vie de ses citoyens, contrôle le Gouvernement et exprime des positions sur des questions de société. A l’occasion de cette visite, vous aurez l’occasion de découvrir les salles archéologiques, une salle de commission ou encore la bibliothèque du Parlement. Il vous sera enfin loisible d’assister à la séance plénière, dans la limite des places disponibles.

Durée de la visite : 30 à 45 minutes

Accessibilité PMR : oui

Comment s’inscrire ?

Le nombre de places étant limité, il est indispensable de vous inscrire au plus tard pour le vendredi 14 octobre 2016 auprès de Mme Sandrine Herbot à l’adresse s.herbot@parlement-wallonie.be en vos nom et prénom, votre adresse, votre numéro de téléphone ainsi que les coordonnées de la personne vous accompagnant. Attention, seul un courriel de confirmation validera votre inscription !

 

La rentrée des ministres régionaux en charge de la politique du handicap

Pour Maxime Prévot et Céline Fremault respectivement ministre wallon et ministre bruxelloise en charge de la politique du handicap, cette rentrée s’annonce chargée. Entre mise en œuvre des transferts de compétences de la 6e réforme de l’Etat et développement de plan accessibilité, les défis ne manquent pas. Interview croisée.

Maxime Prévot : Ministre wallon des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine

  • Monsieur le Ministre, le secteur du handicap n’est pas épargné par les transferts de compétences liés à la dernière réforme de l’Etat, pourriez-vous nous expliquer ce qui va changer ?

Dans le cadre du transfert de compétences, l’AWIPH sous sa forme actuelle est amenée à disparaître au 1er janvier 2016, date à laquelle naîtra la nouvelle Agence wallonne de la Santé, de la Protection sociale, du Handicap et des Familles. Cette agence sera gérée de façon paritaire, en s’inspirant notamment du fonctionnement de l’INAMI et plus largement de la sécurité sociale dans notre pays. En effet cette Agence sera chapeautée par un Conseil Général  composé principalement des partenaires sociaux interprofessionnels, du Gouvernement et des organismes assureurs.

Outre les trois branches majeures que sont le bien-être et la santé, le handicap et les politiques familiales qui gèreront chacun leur budget respectif, des synergies seront développées au travers de commissions transversales, (notamment pour ce qui est de l’assurance autonomie). Enfin, un conseil de stratégie et de prospective sera également mis en place avec comme mission principale d’évaluer les politiques et de proposer des recommandations à long terme. Le processus décisionnel est donc fondamentalement modifié puisque les différents acteurs de terrain (en ce compris les associations de personnes handicapées) se trouvent maintenant clairement impliqués dans le processus.

Le premier exemple concret de changement, sera la création de l’assurance autonomie qui doit permettre l’accompagnement de la personne en perte d’autonomie dans de bonne conditions, que cette perte soit causée par un handicap, par l’âge ou par des problèmes de santé. Cette assurance, qui devrait voir le jour au 1er janvier 2017, donnera droit à des services d’aides et de maintien à domicile, des aménagements de l’habitation … Ces prestations viseront à soutenir les personnes en perte d’autonomie, quel que soit leur âge, ainsi que leur entourage.

La Wallonie hérite de l’APA (aides à la personne âgée) octroyée aux personnes de plus de 65 ans. L’AWIPH octroyait pour les personnes de moins de 65 ans le budget d’assistance personnelle destiné à couvrir des services et des aides en fonction de l’état de dépendance de la personne. Le transfert de la compétence de l’APA va permettre d’harmoniser les dispositifs pour ne plus avoir la barrière des 65 ans. La mise en place de cette assurance autonomie permettra un accès clair aux droits pour les personnes, une lisibilité des droits pour les acteurs sociaux ou de soins sur le terrain, et une garantie d’être accompagné tout au long de la vie. Il s’agira aussi de permettre l’aménagement raisonnable de l’habitation afin de permettre aux personnes qui le souhaitent de rester le plus longtemps possible chez elle et ainsi de retarder l’entrée en institution.

  • Quelles sont vos priorités en matière de politique du handicap pour favoriser l’inclusion des personnes déficientes visuelles au sein de la société ?
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Maxime Prévot – Ministre de la santé et de l’action sociale – Gouvernement wallon

La priorité essentielle est d’établir un plan pour l’accessibilité qui soit réaliste. Ce plan devra prendre en compte aussi les aspects relatifs à l’information. En effet, de nombreuses erreurs commises lors de construction ou d’aménagement entraînent des difficultés importantes pour l’accessibilité des personnes à mobilité réduite en ce compris forcément les personnes déficientes visuelles. Ces erreurs pourraient probablement être évitées si dès la conception, il était tenu compte des écueils potentiels à la circulation des personnes. Le relatif déficit d’information, allié à l’inexistence de sanctions en cas de non-respect des normes pénalise, en quelque sorte, toute progression significative.

En matière d’aménagement des lieux publics notamment, force est de constater que de nouveaux bâtiments publics ont été érigés dans la totale ignorance des normes d’accessibilité. Leur adaptation aux normes peut effectivement s’avérer coûteuse, voire impossible. C’est pourquoi, j’ai la conviction que tout doit être mis en œuvre pour que les bâtiments, qui seront dorénavant construits, soient dès le départ conçus dans le strict respect des normes établies pour assurer leur accessibilité à tous.

Pour cela, plusieurs actions doivent être menées de front : des actions de sensibilisation, d’information, de formation. Il faudra également inventorier les lieux déjà accessibles, en faire largement la publicité et veiller à ce que toute nouvelle construction, par le respect des normes, puisse se retrouver d’emblée dans cet inventaire.

Quoi de plus frustrant pour une personne en situation de handicap que de ne pas disposer d’informations fiables quant à l’accessibilité d’un site ? Trop souvent certains lieux ou attractions se disent accessibles alors que le niveau d’accessibilité ne rencontre pas les nécessités des différentes catégories de personnes à mobilité réduite. Bien souvent l’accessibilité est associée aux « chaisards » alors qu’elle doit être entendue pour l’ensemble des problématiques, en ce compris les déficiences sensorielles. Aussi il est important d’uniformiser les critères et de travailler à la reconnaissance d’un label unique facilement identifiable pour chaque catégorie de personnes.

Ayant en charge le Patrimoine, il m’est apparu important de lancer des actions ponctuelles destinées à mettre le focus sur l’accessibilité. Lors des journées du Patrimoine qui se dérouleront les 12 et 13 septembre prochain, j’ai avec l’Institut du Patrimoine wallon souhaité renforcer l’accessibilité de certains sites par l’organisation de visites adaptées afin que les personnes à mobilité réduite puissent participer à cet événement. Pour ce faire, j’ai demandé la collaboration notamment de l’asbl Access-i et des services de conseils en accessibilité. Ceci n’est qu’un petit pas, mais c’est important car cela peut inciter, par effet de cascade, des gestionnaires de sites à entrer dans la dynamique.

  • Comment comptez-vous mettre en œuvre le plan accessibilité annoncé dans la Déclaration de politique générale du Gouvernement wallon ? Quelles sont les mesures concrètes qui seront prises pour favoriser plus d’accessibilité et d’autonomie aux aveugles et malvoyants ?

L’accessibilité est élément essentiel à la qualité du cadre de vie, c’est une responsabilité sociale, un enjeu d’égalité des chances. En découle bien entendu la participation de tous à la vie en société, comme l’indique l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’article 9 de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées.

La mise en place d’un plan accessibilité permettra d’offrir une vision transversale et un cadre à toutes les initiatives ponctuelles inscrites dans la DPR. Il apportera une légitimité et un engagement commun du Gouvernement wallon au travers des lignes d’actions communes à suivre par l’ensemble des politiques sur le territoire wallon dans une vision d’intégration des personnes handicapées et de qualité de vie de chacun. J’ai pris l’initiative de rassembler une première fois les représentants des différents secteurs concernés (aménagement du territoire, mobilité, transports, action sociale, emploi, formation, tourisme, sport, éducation, culture) ainsi que les associations comme le CAWaB, Gamah, ANLH et Access-i mais aussi le Centre interfédéral pour l’Egalité des Chances, le Commissariat général au Tourisme (CGT) et l’AWIPH) afin qu’ils puissent prendre connaissance de la question, intégrer les données concernant la situation actuelle et se concerter dans un but commun.

Afin d’informer, de sensibiliser, de former et de conseiller les opérateurs publics, les administrations, les communes, les opérateurs privés, les architectes, etc., dans le but de favoriser la mise en place d’une politique visant à aménager l’environnement dans une logique d’accessibilité universelle, utile à tous les usagers, l’administration conventionne quatre services conseils en accessibilité. De même, plusieurs outils et actions ont été réalisés afin de fournir aux professionnels de la construction et de l’aménagement des conseils dans la conception des voiries, de bâtiments accessibles ou de logements adaptables.

J’aimerais également insister sur l’information du public quant à l’accueil des personnes à mobilité réduite dans le secteur touristique, culturel, sportif, commercial, public ou des activités de plein air. À cet effet, je soutiens, en collaboration avec l’administration et le Commissariat Général au Tourisme (CGT), le développement du référentiel Access-i et la diffusion des évaluations sur le site internet de l’association « www.access-i.be ».

Ce label Access-I vise à informer le tout public des niveaux d’accessibilité des sites ou bâtiments, des événements ou des activités, il prend aussi spécifiquement en compte les besoins du public malvoyant.

Les projets européens menés par l’AWIPH en matière d’inclusion socioprofessionnelle comportent également un volet de sensibilisation et de formation des professionnels de l’emploi à l’accessibilité. Plus spécifiquement, le projet Ergojob a pour objectif d’adapter les situations de travail, que ce soit par des aménagements architecturaux, techniques ou organisationnels, afin de permettre aux employés en situation de handicap d’exercer pleinement leurs compétences.

Arriver à un ensemble cohérent de mesures réalistes prend du temps. Mon objectif étant de présenter au Gouvernement une note d’intention dont les lignes directrices porteraient sur l’amélioration de la réglementation existante, la formation des acteurs et l’information au public. Pour ce faire, des rencontres bilatérales avec l’ensemble des acteurs devront être organisées afin que chacun dans ses compétences propres puisse s’engager à mettre en place des actions qui visent à améliorer l’accessibilité.

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Céline Fremault : Ministre du Collège de la COCOF, chargée des Familles, des Personnes handicapées, de l’Action sociale et des Relations internationales

  • Madame la Ministre, le secteur du handicap n’est pas épargné par les transferts de compétences liés à la dernière réforme de l’Etat, pourriez-vous nous expliquer ce qui va changer ?
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Céline Fremault – ministre en charge de la politique du handicap – Collège de la CoCof

Lors de la 6ème réforme de l’Etat, certaines politiques ont été transférées à l’entité bicommunautaire de Bruxelles, la COCOM. Ces matières sont les allocations familiales, la santé mentale, l’APA (l’allocation pour personnes handicapées âgées) et, pour le secteur du handicap, les aides à la mobilité. Lors de cette législature, un organisme d’intérêt public va être créé afin de gérer ces nouvelles matières. Même si la réforme de l’Etat ne le prévoit pas explicitement, en ce qui concerne les aides individuelles matérielles (voiturettes, …), je suis en faveur d’un rapprochement des aides gérées actuellement par le service PHARE et par ce futur organisme. Ce sera plus simple pour l’utilisateur.

  • Quelles sont vos priorités en matière de politique du handicap pour favoriser l’inclusion des personnes déficientes visuelles au sein de la société ?

L’inclusion des déficients visuels passe par des solutions très concrètes au niveau local. Pour cette raison, pour la Région bruxelloise, j’incite les communes à favoriser les activités des Conseils Consultatifs Communaux existants ou encore à créer. C’est vraiment à cet endroit que les acteurs de terrain peuvent apporter une influence sur des aménagements en cours au niveau des voiries ou des bâtiments publics. Le concept « Handicontact » est central et devrait aussi être promu. L’objectif est de développer une personne au sein de chaque commune qui serait le référent chargé d’orienter au mieux les parents, les personnes handicapées dans leurs démarches administratives et dans leurs diverses recherches. La Commune de Berchem-Sainte-Agathe est à cet égard un bon exemple, parmi d’autres.

  • Comptez-vous élaborer un plan accessibilité comme en Région wallonne ?

Effectivement. A mon initiative, le Gouvernement francophone Bruxellois a d’ailleurs adopté en juillet un « handiplan ». Celui-ci a pour objectif de favoriser la mise en place d’une politique d’handistreaming en Région de Bruxelles-Capitale. Le handistreaming vise à intégrer la dimension «handicap» lors de l’élaboration, de l’exécution et de l’évaluation des politiques menées et soutient l’implication et la collaboration de la société civile aux mesures politiques. Ainsi, la personne handicapée aura accès aux services publics destinés à l’ensemble de la population. Je piloterai une conférence ministérielle permanente avec mes collègues Pascal SMET et Bianca DE BAETS.

  • Quelles sont les mesures concrètes qui seront prises pour favoriser plus d’accessibilité et d’autonomie aux aveugles et malvoyants ?

Dans ce Handiplan, les notions d’accessibilité et celle d’aménagements raisonnables pourront être largement mises en avant pour faire une plus grande place à la personne handicapée. A titre d’exemple, il revient aux différents pouvoirs et services de faire des efforts accrus en termes d’accessibilité des bâtiments, en particulier pour les déficients visuels. Une collaboration avec le Collectif d’association CAWaB sera notamment recherchée. L’objectif est de rendre accessible tous les lieux où doivent se rendre les personnes à mobilité réduite (les cabinets ministériels, les services administratifs, les sites de formation professionnelle,…).