Journée des droits des femmes – Portrait d’une prof pas comme les autres

A l’occasion de la journée des droits des femmes, coup de projecteur sur une femme malvoyante qui a décidé d’exercer la profession d’enseignante. Sabine est passionnée par son métier car c’est ce qu’elle a toujours voulu faire. Elle donne cours de psychologie et de sciences sociales à des 6e secondaire en section technique dans un collège de Soignies.

Êtes-vous malvoyante de naissance ?

En fait, je ne sais pas depuis quand je suis malvoyante. C’est très bizarre à dire comme ça (rires). J’ai un strabisme depuis toute petite mais personne ne s’était rendu compte que je ne voyais pas bien de l’œil droit. Vers 10-12 ans, une ophtalmologue a diagnostiqué la malvoyance de cet œil. Mes parents ont alors beaucoup culpabilisé car quand je rentrais des cours, ils me cachaient l’œil gauche pour que l’oeil droit travaille un peu plus mais ce n’était pas le bon œil ! Ils pensaient que c’était de la paresse et ne me croyaient pas.

J’ai eu plus de difficultés par rapport au sport. Je voulais faire du tennis et je me suis vite rendu que ce n’était pas possible car je ratais toutes les balles. Quelle frustration ! Il y a 4 ou 5 ans, la situation s’est aggravée. J’ai des problèmes hypophysaires qui menacent mon nerf optique gauche. A terme, je deviendrai aveugle un jour ou l’autre. Pour l’instant, je peux encore voir à très courte distance car mon champ visuel s’est restreint.

portrait sabineQuelles adaptations utilisez-vous ?

Pendant un an, je suis venue toutes les semaines au centre de réadaptation des Amis des Aveugles pour mettre en place toute une série d’aides pour me permettre de continuer à vivre de manière autonome. J’utilise le logiciel Zoomtext pour l’ordinateur. Pour réaliser les corrections des travaux de mes élèves, j’utilise une TV loupe. C’est parfois très laborieux de synchroniser l’écriture et la lecture avec une TV loupe. Quand la quantité de travail est trop importante, comme par exemple, pour des dossiers à corriger, je demande de l’aide à quelqu’un.

Les élèves sont-ils au courant de votre déficience visuelle? Est-ce que cela les interpelle ?

Oui, je les préviens directement avec une bonne dose d’humour. Par exemple, je leur dis qu’ils vont être contents car avec moi ils vont pouvoir tricher autant qu’ils veuillent. Blague à part, cela se passe généralement très bien. Je me fais respecter et les élèves n’en abusent pas.

Circuler dans la classe peut aussi poser problème car j’accroche les cartables qui trainent par terre. Je leur dis qu’en plus, je suis un vrai danger public ! En règle générale ils ne posent pas trop de questions.

Un jour, ils devaient réaliser un travail à finalité sociale. Un groupe a proposé de travailler sur le handisport. Ils se sont mis en situation avec un bandeau sur les yeux et ont réalisé un petit parcours d’obstacles. Ils m’ont également demandé de le réaliser. Ils ont été très impressionnés de se mettre dans la situation d’une personne porteuse d’un handicap visuel, je pense qu’avant cela, ils ne réalisaient pas ce que pouvait être mon quotidien.

Et point de vue mobilité, comment vous rendez-vous sur votre lieu de travail ?

Jusqu’à l’année dernière, je m’arrangeais avec mes collègues pour faire du covoiturage. C’était pas mal de stress car j’aime bien arriver à l’heure et c’était parfois un peu compliqué. C’est pour cela que j’ai introduit une demande auprès de l’AWIPH (NDR : aujourd’hui appelée AViQ). Une intervention financière m’a été accordée pour les trajets jusqu’à l’école où j’enseigne qui est à 25 km de mon domicile. J’ai ainsi pu récupérer de l’autonomie en ne dépendant plus de mes proches ou de mes collègues.