Déficient visuel et sportif ? Oui c’est possible !

Grégory Dubois a bientôt 31 ans. Né déficient visuel, il est atteint d’une forme grave de glaucome ainsi que d’une anomalie génétique encore à ce jour indéterminée. Il se définit lui-même comme un homme chanceux qui a pu se réaliser à travers sa passion pour le sport. Voici le témoignage de son parcours qui pour lui n’est pas une aventure extraordinaire mais plutôt une aventure humaine !

phpto_grégory_dubois« Si j’ai toujours eu la volonté de persévérer, de ne jamais rien lâcher, d’aller de l’avant, c’est grâce à des parents qui m’ont appris qu’il fallait se débrouiller sans avoir peur de demander de l’aide aux autres. C’est aussi grâce à des amis fidèles, des gens de tous horizons qui m’ont apportés des leçons de vie mais c’est aussi grâce à ma passion pour le sport.

Tout commence quand j’ai approximativement 8 ans. Il faut préciser que j’étais très petit pour mon âge. L’un des professeurs de sport de l’école spéciale où j’étais élève a décidé de me faire grimper sur un tandem. Un tandem c’est un double vélo. Etant malvoyant, j’étais le copilote placé à l’arrière.

À l’époque, vu ma petite taille, mes pieds ne touchaient pas les pédales et j’étais contraint de garder les pieds sur le cadre. Ce professeur, monsieur William Liégeois, un homme remarquable et très investit, a quand même eu l’excellente idée de m’initier. La première fois que j’ai grimpé sur ce vélo, lors de mon baptême, Monsieur Liégeois, a roulé de façon sécurisante tout en voulant me faire ressentir les sensations d’une route cabossée.

Mes parents, et tout d’abord mon père m’ont accompagné dans un club tandem, et j’ai roulé comme cela près d’une dizaine d’années. Nous participions aux sorties et soupers et nous faisions aussi partie du monde associatif qui gravitait autour. Plusieurs fois, mon père qui est militaire a fait des partenariats entre l’armée et ce club.

J’ai été décoré en avril 1994 par la Reine Fabiola, j’étais le plus jeune tandémiste de Belgique et ce trophée est l’une de mes plus grandes réussites. J’ai beaucoup de fierté à être le seul qui ai été décoré par la reine même si cette dernière n’a pas pu me le rendre en mains propres et qu’il m’a été remis par un ancien ministre. En 1999, j’ai été champion junior de Belgique, lors d’un championnat qui voyait concourir diverses tandémistes et je peux vous dire que face aux hollandais, on souffre !

Entre 2004 et 2013, j’ai arrêté le sport pour diverses raisons : les études, le boulot, quelques raisons personnelles. Je pense aujourd’hui que j’avais endormis une part de moi, et on sait tous que quand on oublie une part de soi-même, on est incomplet.

J’ai réintégré une salle de sport conventionnelle (pour les voyants) en 2013 et après 45 minutes de sport, je suis littéralement tombé mort d’épuisement. J’étais moulu, claqué, crevé mais à la fois si ravi. J’ai passé les portes de cette salle car à l’époque, épuisé par le rythme de travail et d’autres raisons personnelles, je n’étais pas en forme. Mon père m’avait suggéré de me reprendre en main. J’adore cette salle, elle n’est pas immense, pas de grandes renommée, mais elle est à taille humaine. L’aspect humain est pour moi la première vertu du sport, il fait rapprocher les gens et les pousse à bosser en équipe.

En parallèle, côté mer, car j’ai un petit pied à terre dans le nord de la France, j’ai fait un peu de kayak en 2014. En juillet de cette année, toujours dans le nord pas de Calais, j’ai commencé un peu sans conviction un sport maritime très peu connu, le longe-côte.

photo-longe-coteQu’est-ce que le longe-côte ? En fait, ce sport, à la base pour les voyants, consiste à marcher dans l’eau de mer en combinaison. Ça ne paraît pas physique mais c’est physique. Après tout, il y a la force de l’eau, les vagues, les marrées, le vent et j’en passe !

Mon père a fabriqué l’année dernière dans un coin de notre garage, une barre dérivée d’une pagaie ce qui me permets de marcher en indépendance. J’ai fait ma première compétition en avril de cette année, c’était pour le fun et cela m’a mené bien plus loin que je ne l’escomptais.

photo-longe-cote-2J’ai ressortis mon vélo tandem et ça fait du bien de pouvoir rouler ! Depuis 2013, je retrouve le plaisir de pédaler.

Mon rêve ce serait de faire du parachute ascensionnel. Quand j’étais enfant et jeune adolescent, j’ai fait des baptêmes de toutes sortes : voiture de rallye, spéléologie, montgolfière, ULM, jet-ski, bateau, moto, et bien plus. J’ai fait un baptême en petit avion et l’instructeur m’a même permis d’atterrir.

Je m’appelle Grégory Dubois, et j’estime avoir encore beaucoup de choses à faire dans ma vie et dans le domaine sportif. »

Le portrait d’un jeune avocat déficient visuel

Alexandre Wespes est déficient visuel. Il a été suivi par le service social des Amis des Aveugles tout au long de ses études et a fait appel également au centre de transcription adaptée de l’association. Aujourd’hui, il a 25 ans et travaille en tant qu’avocat au sein du cabinet d’avocats Sotra spécialisé en matière de conseils juridiques dans les litiges relatifs au droit du travail. A côté de son activité principale, il est également professeur de droit du travail et de la sécurité sociale dans une haute école bruxelloise. Il dispense des cours à des étudiants-infirmiers qui suivent une spécialisation.

Aleandre-Wespes

De quelle déficience visuelle souffrez-vous ? Avez-vous toujours été non-voyant ?

J’ai une rétinite pigmentaire qui est une maladie congénitale. Je perds petit à petit la vue et je perçois encore des formes sans pouvoir distinguer les détails. La lumière m’éblouit et c’est la raison pour laquelle je mets des lunettes de soleil lorsque je sors dans la rue. Dans le passé, je mettais également des lentilles colorées qui diminuaient la luminosité. En raison de la dangerosité de celles-ci, j’ai décidé d’arrêter de les porter. En effet, de par le fait qu’elles m’étaient très utiles, je les mettais tous les jours et très longtemps et des « néo-vaisseaux » sont apparus dans mes yeux ce qui est relativement dangereux. En raison de l’état d’avancement de ma maladie, j’ai dû entreprendre des démarches pour avoir un chien guide (Laïka) qui m’accompagne partout et m’aide dans mes déplacements. A force d’être toujours avec elle, je n’imagine plus ma vie sans elle tant elle est devenue pour moi plus qu’une aide mais un membre à part entière de ma vie.

Quel a été votre parcours scolaire et universitaire ? Utilisiez-vous du matériel adapté ?

J’ai toujours été en enseignement ordinaire. Au départ, durant mes années primaires et secondaires, j’utilisais de l’encre noir sur du papier blanc pour que le contraste soit le plus important. J’utilisais également une loupe pour agrandir certains textes. Un accord avait été conclu avec mes professeurs pour que les feuilles me soient données en caractère 14 et en gras.

Durant mes humanités, je disposais en classe d’une TV-Loupe avec une caméra intégrée qui me permettait de zoomer sur le tableau. Dans les dernières années, j’avais l’autorisation de prendre mon ordinateur portable.

A l’université, j’étudiais sur des syllabi en version informatisée. Je mettais le document sur mon ordinateur et, grâce à des programmes spécifiques, ce dernier me le lisait.

Je dois reconnaître que j’ai pu réussir mes études sans trop d’embûche grâce à l’aide qui m’a été apportée par mes parents. Ils ont énormément contribué à ma réussite scolaire.
Comment se passe votre travail au quotidien ?

Actuellement et en raison de l’avancée de ma maladie, je travaille exclusivement grâce à des programmes de synthèse vocale. Ceci signifie que je transforme l’ensemble de mes documents papiers en document informatique et que je les intègre dans un programme qui me les lit. J’utilise mon téléphone portable pour photographier des feuilles papiers afin que le téléphone puisse me lire leurs contenus.

En tant que personne déficiente visuelle, avez-vous éprouvé des difficultés à trouver un emploi ?

Il est certain que j’ai déjà été confronté soit explicitement soit implicitement à de la discrimination sur base de mon handicap. A titre d’exemple, un employeur du secteur public m’avait expliqué que les chiens n’étaient pas admis dans son institution. Par respect pour lui, je n’évoquerai, bien entendu, ni son nom ni son institution. Cependant, ce n’est jamais plaisant d’entendre une ré-flexion de la sorte.

Ensuite, je me doute que certains employeurs, à la vue de mon curriculum vitae, se sont dit que ce serait trop compliqué et m’ont répondu qu’ils n’avaient plus de place ou même ne m’ont pas répondu du tout.

Néanmoins, je suis bien conscient que mon handicap ne fut pas – heureusement d’ailleurs – l’unique motif qui m’a empêché de trouver un travail directement après mes études. En effet, je n’étais pas le seul jeune à me présenter sur le marché de l’emploi et, comme tout le monde le sait, les places sont chères vu le nombre im-portant de demandes.

Quels sont vos hobbys, pratiquez-vous du sport ?

Je joue au «five-a-side» ou encore appelé en français « cécifoot » qui est du football pour aveugle et malvoyant. C’est un sport adapté dans lequel tout ce qui est visuel est remplacé par de l’auditif. Dans ce cadre, je joue pour le R.S.C. Anderlecht mais aussi pour l’équipe nationale. Les règles sont les suivantes :

  • Chaque équipe est composée de cinq joueurs : un gardien bien voyant et quatre joueurs de champ qui doivent mettre un bandeau sur les yeux afin de créer une égalité totale entre joueurs. Donc, aucun joueur de champ ne voit.
  • Le ballon est sonore
  • Un coach bien voyant se trouve sur le bord du terrain et donne des informations orales aux joueurs sur le déroulement du jeu.
  • Un autre coach se place derrière le goal adverse et donne des indications aux attaquants pour qu’ils sachent où ils doivent shooter.
  • Les joueurs doivent dire « voy » quand ils se déplacent et ce dans le but d’éviter les collisions.
  • Les buts font environ 3 mètres de large et deux mètres de hauteur.

Dans ce cadre, je joue pour le R.S.C. Anderlecht mais aussi pour l’équipe nationale.

J’ai également, dans le passé, pris quelques cours de guitare et je joue encore de cet instrument de temps en temps. J’essaye encore de pratiquer au plus le néerlandais et l’anglais afin de pouvoir prétendre être un jour trilingue. J’aime également beaucoup regarder des documentaires.

Quels sont vos projets futurs ?

Je viens d’acheter un appartement. Donc, outre le fait de conserver mon emploi et retrouver une nouvelle petite amie, je dirais que mon projet à court terme est de pouvoir emménager le plus rapidement possible. A moyen et long terme, je voudrais fonder une famille, avoir des enfants… Bref, avoir une vie normale. C’est finalement l’unique but de ma vie : avoir une vie normale.

Chien guide – un métier pas comme un autre

Salut, moi c’est Junior, jeune labrador de couleur noir. Je suis scolarisé dans une école un peu particulière, le centre de formation de chiens guides des Amis des Aveugles à Ghlin (Mons). Notre formation répond à des critères garantis­sant la qualité de notre futur travail de chien guide. En voici les dif­férentes étapes. Suivez-moi !

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