Des banques pour tous ?

Être déficient visuel et autonome, c’est entre autres pouvoir gérer son argent, ses investissements ou ses crédits seul. Nous avons comparé les mesures prises par quatre grandes banques actives un peu partout en Belgique (Belfius, BNP Paribas Fortis, bpost bank et ING) pour favoriser ou faciliter leur accessibilité.

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Belfius

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Description du logo : le mot Belfius est précédé d’un carré rouge strié de deux barres horizontales blanches.

A l’intention des déficients visuels, la banque Belfius dispose d’un site internet adapté permettant d’accéder aux 10 principaux types de transactions via un « screen reader ».

Elle propose d’envoyer gratuitement les extraits de comptes en braille si la périodicité d’expédition est plus grande ou égale à 30 jours.

Il est possible de déposer gratuitement des formulaires de virement (remplis) aux guichets. Via leur agence, les personnes malvoyantes ou non-voyantes peuvent introduire une demande de manière à être dispensées de la tarification liée aux opérations manuelles.

Le Belfius Direct Phone – 02/222 71 00 – (bien que n’étant pas spécifiquement uniquement aux personnes malvoyantes ou non-voyantes), particulièrement utile pour les personnes déficientes visuelles ayant des difficultés pour se déplacer dans une agence ou qui ne disposent pas d’une connexion internet. Le service est également gratuit.

Un lecteur de cartes bancaires spécial a été conçu. Il dispose de grandes touches et d’une synthèse vocale (demandez-le dans votre agence).

Les espaces Self Service Banking sont adaptés aux personnes malvoyantes ou non-voyantes : les automates de Belfius sont équipés d’un système de guidage vocal destiné aux déficients visuels. Grâce à ce système de guidage vocal, le client peut suivre les différentes étapes de la transaction au moyen d’écouteurs (apportés par la personne) et utiliser le clavier lorsque cela lui est demandé. Ce système vise à permettre aux personnes aveugles ou malvoyantes d’effectuer leurs retraits et de consulter leurs soldes en toute sécurité et sans aucune aide extérieure.

BNP Paribas Fortis

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Description du logo : à gauche du nom BNP Paribas Fortis,  4 étoiles blanches en spirale dans un carré vert

Pour les clients déficients visuels, la banque BNP Paribas Fortis a équipé l’ensemble de ses distributeurs de billets d’un guidage vocal. L’utilisa­teur démarre sa session en branchant ses propres écouteurs et en insé­rant sa carte dans l’appareil. Un serveur vocal le guide en­suite dans les différentes étapes de l’opération. Par sécurité, l’écran reste éteint durant la durée de la transaction.

Parmi d’autres exemples d’accessibilité, citons le canal bancaire en ligne PC banking. La banque essaie de suivre au plus près les critères « AnySurfer », un label de qualité pour les sites internet accessibles à tous. Chaque version est testée avec des programmes de synthèse vocale tant sur pc que sur smartphone.

Le lecteur de carte Comfort Voice combine des touches extra grandes et un grand écran avec accompagnement vocal. Ce lecteur permet d’effectuer dans PC banking toutes les opérations ainsi que des paiements sécurisés pour des achats sur Internet.

La banque propose d’envoyer des extraits de compte en braille gratuitement à domicile (plus d’infos auprès de votre agence).

Le site internet de BNP Paribas Fortis dispose d’un système de re­cherche qui indique entre autres l’adresse e-mail de l’agence et les heures d’ouverture en version texte (https://branch.bnpparibasfortis.be/fr/).

Un système de Phonebalnking est disponible gratuitement au numéro 02 762 20 00.

BNP Paribas Fortis a reçu le 23 juin le prix Européen « Disability Matters » à Paris. Ce prix lui a été attribué pour son projet : « La banque, également accessible aux personnes ayant des besoins spécifiques »  https://newsroom.bnpparibasfortis.com/preview/press_release/bnp-paribas-fortis-est-reconnue-internationalement-pour-son-accessibilit

bpost banque

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Description du logo : un rectangle bleu dont l’angle supérieur droit est masqué par une double ellipse rouge

Ces dernières années, BPOST, l’actionnaire et distributeur des produits de bpost banque, a fortement investi pour rendre ses infrastructures plus accessibles pour les personnes à mobilité réduite. Fin 2015, 86,5% des bureaux de poste étaient adaptés, et le  Contrat de gestion conclu entre bpost et l’État belge stipule que pour fin 2017, le nombre de bureaux de poste non accessibles pour des personnes à mobilité réduite devra se situer sous les 10%.

Concernant les initiatives de bpost banque vers le public déficient visuel l’application MOBILEbanking, est un outil simple et clair, avec des caractères relativement grands pour la rendre plus accessible aux personnes plus âgées et pour les personnes malvoyantes.

Le Phone banking de bpost bank n’est plus commercialisé depuis le 21 mars 2016. Il ne sera plus possible de demander un nouvel abonnement. Le service reste néanmoins d’application jusqu’au 1er novembre 2016 pour les clients ayant déjà un abonnement (02/251.15.15).

Actuellement, le site Internet n’a pas encore de label « anysurfer ». La banque est en train d’analyser les possibilités pour renouveler son site web, et tiendra compte de cet aspect dans les processus de décision.

ING

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Description du logo : les  lettres bleues ING sont suivies du dessin classique d’un lion orange en position de sphinx

Les self-banks de la banque ING sont équipés de touche de fonction (Stop, OK, Correction) en braille. Le clavier numérique possède une petite boule au centre avec laquelle la personne déficiente visuelle peut diriger ses doigts sur les touches correspondant aux numéros.

Le vocal card-reader permet aux utilisateurs d’entendre les chiffres correspondant aux touches actionnées. Tous les clients peuvent le recevoir gratuitement par la poste. Le pack du vocal card-reader contient également des écouteurs et un CD de familiarisation « pas-à-pas ».

Tant les cartes de banque que les card-readers ont été conçus pour une lisibilité optimale : contrastes marqués, larges touches, fonctions spécifiques claires (Identify, sign, delete, ok). De plus, les codes d’indentification pour la signature d’un ordre en home bank ou business’bank qui apparaissent sur l’écran du card reader peuvent être agrandis en pressant la touche « 0 » (zero) lorsque le message « RESPONSE » apparaît.

La banque déclare intégrer l’accessibilité comme condition préalable à tout développement sur son site internet.

Conclusion

Si l’accessibilité physique des institutions bancaires semble avoir fait de nombreuses avancées, des progrès doivent aussi être réalisés dans la formation du personnel en agence. Bien souvent, celui-ci ignore comment se comporter face à une personne aveugle ou malvoyante. Des groupes de travail concernant l’accessibilité devraient être mis en place (comme par exemple ceux organisés par la banque BNP Paribas Fortis) pour récolter les conseils d’associations représentatives des personnes en situation de handicap. Gageons que d’autres banques emboitent le pas pour récolter l’avis des utilisateurs de leurs services afin de les améliorer et de permettre aux personnes déficientes visuelles d’être des clients comme tous les autres

Que pensez-vous des différentes dispositions mises en place par ces quatre institutions bancaires ? Les utilisez-vous ? Sont-ils suffisamment accessibles ? Votre avis nous intéresse 🙂

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L’accès des chiens guides aux lieux ouverts au public

De quoi je me mêle ? – Le talk show sur RTL-TVi ce jeudi 17 septembre présentait un reportage sur un chiwawa traité comme un bébé dans un restaurant. Etonnant au vu du nombre de témoignages de personnes déficiences visuelles ou en situation de handicap, accompagnées de leur chien guide ou de leur chien d’assistance, à qui on refuse l’accès d’un resto, d’un hôpital, d’une grande surface, d’une prison… alors que la législation dans les 3 régions du pays consacre le droit d’accessibilité des lieux publics pour tous les chiens d’assistance. Rapportez votre expérience à la fédération belge des chiens d’assistance pour établir des statistiques et objectiver le débat.

http://www.rtl.be/rtltvi/video/549097.aspx

Intervention d’une personne déficiente visuelle et de la porte-parole des Amis des Aveugles vers 11 minutes

Les chiens d’assistance sont formés pour guider les personnes en situation de handicap et les aider à se déplacer avec une autonomie maximale, pour désigner les infrastructures et mobilier urbain intéressants pour le bénéficiaire (passage pour piétons, arrêt de bus, etc.). Ils mémorisent des itinéraires régulièrement empruntés (boulangerie, supermarché, médecin, etc.).

Les chiens d’assistance sont reconnaissables à leur harnais et à leur cape. Ils ont aussi une carte d’identification. Le chien d’assistance est remis gratuitement au bénéficiaire, après une formation ad hoc par un centre accrédité.

L’accessibilité des lieux publics est une compétence régionalisée. Un décret en régions wallonne et flamande et une ordonnance autorisent les chiens d’assistance, en ce compris les chiots en formation, à avoir accès à tous les lieux publics sans restriction (restaurants, bâtiments publics, hôpitaux, transports rémunérés…).

Le centre de formation de chiens guides des Amis des Aveugles est membre de la Belgian Assistance Dog Association (BADF) dont un des objectifs est de favoriser l’accès à tous les lieux publics. Cette fédération — qui rassemble les centres de formation de chiens d’assistance qui répondent aux normes d’accréditation et aux exigences des fédérations internationales pour obtenir la qualité de formation souhaitée – répertorient toutes les expériences malheureuses rencontrées par les bénéficiaires de chien d’assistance, de manière à pouvoir objectiver la problématique et inciter les pouvoirs publics à prendre les mesures ad hoc.

Les fédérations européennes des chiens d’assistance et des chiens guides lanceront très prochainement une pétition en ligne pour que des normes européennes soient prises.

Quand on leur parle d’accessibilité aux lieux publics, beaucoup de bénéficiaires de chien d’assistance répondent : « Pas évident ! C’est agaçant de devoir batailler au quotidien pour faire valoir un droit reconnu par la loi ». Et de constater qu’édicter des normes ne suffit malheureusement pas. Encore faut-il les faire connaître et les faire appliquer. Un de nos bénéficiaires rapporte qu’un jour, le gérant d’une grande surface lui refusait l’accès à son magasin. Présent à ce moment sur les lieux, un inspecteur de l’agence pour la sécurité alimentaire (AFSCA) se rangeait au point de vue du gérant, faute de connaître cette législation. Après discussion et présentation de la carte d’identification du chien guide, tout est rentré dans l’ordre.

Certains restaurateurs refusent parfois l’accès des personnes accompagnées d’un chien d’assistance, invoquant l’hygiène ou la crainte de la réaction des clients présents. Contre toute attente, c’est souvent dans les friteries que les refus sont les plus nombreux ! S’il est vrai que les chiens d’assistance sont interdits dans les cuisines, le fritkot est un lieu public comme un autre et donc accessible. N’oublions pas non plus que la personne en situation de handicap est un client comme un autre.

Que faire ? Au niveau régional, des campagnes de sensibilisation sont importantes pour faire connaître la législation en la matière. Les associations professionnelles et les centres de formation de chiens d’assistance ont aussi un rôle à jouer dans l’information sur et la sensibilisation aux différentes situations de handicap. Les bénéficiaires ont eux aussi un maillon fondamental dans la chaîne d’information : la plupart d’entre eux rapporte que grâce à un dialogue constructif, la situation s’améliore progressivement.

Lien vers l’article : Chien guide – un métier pas un autre

Chien guide – un métier pas comme un autre

Salut, moi c’est Junior, jeune labrador de couleur noir. Je suis scolarisé dans une école un peu particulière, le centre de formation de chiens guides des Amis des Aveugles à Ghlin (Mons). Notre formation répond à des critères garantis­sant la qualité de notre futur travail de chien guide. En voici les dif­férentes étapes. Suivez-moi !

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L’application de la Convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées

Récemment, le Comité des droits des personnes handi­capées de l’ONU a adressé des recommandations à la Belgique concernant l’application de la Convention des droits des personnes handicapées.

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Le 13 décembre 2006, l’ONU a adopté la Convention relative aux droits des personnes handicapé (CDPH). Elle est entrée en vigueur au niveau inter­national le 3 mai 2008. Cette conven­tion a été ratifiée par la Belgique le 2 juillet 2009 et est entrée en vigueur le 1er aout 2009 au niveau national.

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Vieillissement et déficience visuelle

  1. Le vieillissement

Aujourd’hui, en particulier dans nos pays développés, la distribution de la déficience visuelle est fortement influencée par l’âge. En effet, 65 % des personnes présentant d’importants problèmes de vision ont plus de 50 ans. Or, c’est 20 % de notre population qui appartient à cette tranche d’âge. Si l’on s’intéresse aux personnes âgées de 85 à 89 ans, on relève que près de 20 % d’entre elles connaissent une déficience visuelle grave. A partir de 90 ans, elles seraient 38 %. On peut dire que globalement, la moitié des personnes déficientes visuelles sont des personnes âgées de plus de 60 ans.

Et dans le futur ? En raison de l’allongement de l’espérance de vie, de la croissance démographique et de l’augmentation des maladies chroniques non transmissibles (dont le diabète), la prévalence de pathologies oculaires chroniques liées à l’âge sera en augmentation progressive dans les années à venir.

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L’école pour tous

Dans une enquête de La Ligue Des Familles[1] publiée en juin 2014, 95 % des personnes interrogées pensent que l’accès à l’éducation est prioritaire pour les per­sonnes en situation de handicap et 97 % sont favorables à l’inclusion des enfants en situation de handicap dans l’enseignement ordinaire. À l’occasion de la rentrée scolaire, nous nous sommes penchés sur les éléments qui permettent qu’ aujourd’hui, dans une optique d’égalité des chances, des élèves en situation de handicap puissent suivre le même parcours scolaire que leurs condisciples. 

Naissance de l’enseignement spécial

La scolarité des enfants en situation de handicap était assurée au XIXe siècle en Belgique par des établissements privés en marge du système scolaire ordinaire. Nous pouvons citer parmi ceux-ci, l’école privée pour aveugles créée à Ghlin en 1885 par Léonard Simonon et qui donnera par la suite nais­sance à l’ASBL « Les Amis des Aveugles et Malvoyants». Suite au mouvement de défense sociale qui aboutit au XXe siècle aux mesures de protection de l’enfance, la loi sur l’instruction obligatoire fut votée en 1914. Elle prévoyait que les communes organisent des classes pour « enfants fai­blement doués ou arriérés ou pour enfants anormaux ». En réalité, les enfants en situation de handicap étaient très peu pris en charge. Ils étaient mis à l’écart dans des classes annexées aux écoles ordinaires.

En 1970, une loi organisant l’enseignement spécial est vo­tée. L’enseignement spécial est organisé sur base d’une typologie des différents handicaps. Le type 6 concerne les enfants présentant une déficience visuelle. Ce système éducatif fit à l’époque l’admiration des autres pays euro­péens de par le souci de la Belgique de créer un système d’enseignement « pour tous ».

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