Journée internationale des Droits de l’Homme : 5 % des livres publiés sont accessibles

La Journée internationale des droits de l’homme n’est pas une célébration consensuelle : ce 10 décembre est aussi l’occasion de rappeler certaines vérités qui dérangent. L’Union européenne des Aveugles rappelle ainsi que seuls 5 % des livres publiés sont accessibles à tous, un taux qui descend à moins de 1 % lorsque l’on se tourne vers les pays en développement. Et cette réalité ne concerne pas que les personnes atteintes de cécité : en raison de l’allongement de la durée de vie, nous sommes tous concernés par la menace de n’avoir plus rien à lire.

Shadow over braille

(Jason Pearce, CC BY-NC-SA 2.0)

« Actuellement, seuls 5 % des livres produits dans les pays développés et 1 % dans les pays en voie de développement sont adaptés dans des formats accessibles, comme le braille, les grands caractères et l’audio, dont les personnes atteintes de problèmes de vue ont besoin pour apprécier le plaisir de la lecture », rappelle l’Union européenne des Aveugles (European Blind Union, EBU). Pour la France, cela représente environ 5.000 livres accessibles, sur 100.000 publications, environ, en 2014.

Plus encore, les carences en livres accessibles portent atteinte au droit de lire de millions de personnes empêchées, dyslexiques, dyspraxiques, ou victimes de handicap moteur. Un accident, ou plus simplement l’âge avancé peuvent avoir une incidence sur confort de lecture total.

La réalité de la pénurie de l’offre livresque accessible est connue : en septembre 2012, le ministère de la Culture et de la Communication français chargeait l’Inspection générale des affaires culturelles d’une enquête sur l’exception handicap. Un an plus tard, le verdict était formel : « La production annuelle de publications adaptées ne représente que 3,5 % de l’offre “grand public”, et l’offre globale, moins d’un cinquième des références disponibles en France », signalait le rapport. Même constat du côté des manuels scolaires : « La production annuelle de manuels scolaires adaptés à partir des fichiers numériques représente 10 % du volume de nouveautés. »

Des raisons de se réjouir?

Au fil des années, les progrès sont minces, et pour cause : les livres accessibles sont très coûteux à produire, et reposent sur la bonne volonté d’associations privées aux moyens souvent limités. L’édition grand public annonce régulièrement que le format numérique, et notamment l’EPUB3, permettra bientôt de produire des documents commerciaux totalement accessibles, mais c’est oublier que toutes les personnes empêchées de lire ne souhaitent pas, ou ne peuvent pas, déchiffrer un texte sur un lecteur ebook. Certaines préféreront le braille, d’autres la lecture audio ou les grands caractères…

À la mi-2013, un large traité international apparaissait pour accélérer l’accès à tous les documents, pour tous les individus : le Traité de Marrakech. Ce document à portée mondiale cherche à faciliter les échanges transfrontaliers de documents adaptés, afin de faire progresser le catalogue général des livres accessibles. Néanmoins, pour entrer en vigueur, ce traité doit être ratifié par un certain nombre de pays, et l’ajout des membres de la Commission européenne apporterait un certain poids à l’ensemble.

Mais les négociations sont longues, et certains États ne sont pas vraiment disposés à introduire des dispositions législatives pour faciliter les échanges transfrontaliers, sans qu’une autorisation des ayants droit soit nécessaire. En mai dernier, l’EBU dénonçait ainsi les « blocages » de l’Allemagne, de l’Italie, de la Hongrie, de la Grande-Bretagne et de Chypre au sein du Conseil de l’Europe.

La Commission européenne, elle, serait toute disposée à proposer des mesures législatives correspondant au Traité de Marrakech : d’après sa communication publiée hier, elle présentera les premières au printemps 2016. Toutefois, les organismes spécialisés sont encore méfiants : le processus qui entoure la réforme européenne du droit d’auteur et le marché unique du numérique pourrait ajouter des années à une entrée en vigueur attendue de longue date.

Malgré tout, la Commission envoie des signaux positifs : le « EU Disable Act », projet de directive présenté par Marianne Thyssen, Commissaire européenne à l’emploi, aux affaires sociales aux compétences et à la mobilité, introduira ainsi certains standards en matière d’accessibilité des livres numériques. Même si cette directive ne porte que sur les formats accessibles numériques, elle a le mérite de témoigner du souci récent de la Commission pour la question de l’accessibilité.

Antoine Oury – 10.12.2015

https://www.actualitte.com/article/monde-edition/journee-internationale-des-droits-de-l-homme-5-des-livres-publies-sont-accessibles/62494

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Au musée avec les Amis des Aveugles : décembre/janvier

Le service sports & loisirs des Amis des Aveugles vous propose des visites adaptées avec des guides de musées spécialement formés pour accueillir des personnes déficientes visuelles. Visites multi-sensorielles à ne manquer sous aucun prétexte ! Inscrivez-vous vite !

Le Musée Hergé

Tintin, dans ses aventures, est passé en Inde: d’abord dans les années 30 et ensuite, en 1959, avant de se rendre au Tibet. Tous les lecteurs, de 7 à 77 ans, le savent. D’autres, plus tintinophiles, connaissent tous les personnages et leurs aventures. Nous vous invitons à découvrir le parcours fabuleux de l’un des plus grands artistes du vingtième siècle : Georges Remi. Le maître de la Ligne Claire nous invite à une balade exceptionnelle au cœur de sa création.

https://i2.wp.com/www.museeherge.com/images/news/00274/musee-herge-visite-accessibilite-02.jpg

Où ? Rue du Labrador, 26 B – 1348 Louvain-la-Neuve
Quand ? Vendredi 18 décembre
Prix : 10 € par personne
Horaires et prises en charge :
– 8h15 : Départ de Ghlin
– 8h30 : Gare de Mons
– 9h : Gare de La Louvière-Sud
– 10h : Musée Hergé
– 10h30 à 12h30 : Visite
– 12h30 à 13h30 : dîner dans une sandwicherie (Louvain-La-Neuve)
– 13h45 : Départ
– 14h45 : Gare de La Louvière-Sud
– 15h15 : Gare de Mons
– 15h30 : Retour à Ghlin

L’Homme, le Dragon et la Mort – La Gloire de Saint-Georges (Musée des Arts Contemporains)

À travers les représentations de la légende de Saint-Georges dont l’épisode du combat avec le dragon reste le plus connu et le plus représenté, cette exposition interrogera la façon dont le saint et le dragon se présentent, aux yeux de nos contemporains, comme le creuset des différents combats de l’homme contre des forces hostiles, mais aussi, et peut-être surtout, de l’homme contre lui-même dans l’affirmation de son destin.

Où ? Musée des Arts Contemporains – Mac’s. Rue Sainte-Louise 82 – 7301 Hornu
Quand ? Mercredi 2 décembre
Mardi 12 janvier 2016
Jeudi 14 janvier 2016
Prix : 5 € par personne
Horaires et prises en charge :
– 9h : Départ de Ghlin
– 9h15 : Gare de Mons
– 9h45 : Grand-Hornu Images
– 10h à 12h : Visite
– 12h à 13h : Dîner à la cafétéria du musée
– 13h30 : Départ du Musée
– 14h : Retour gare de Mons
– 14h15 : Retour à Ghlin

Inscriptions et renseignements :

Service Sports et Loisirs – Tél : 065/40 31 00

Mail : s.sports-loisirs@amisdesaveugles.org

Inscrivez-vous vite. Les places sont limitées !

Le portrait d’un jeune avocat déficient visuel

Alexandre Wespes est déficient visuel. Il a été suivi par le service social des Amis des Aveugles tout au long de ses études et a fait appel également au centre de transcription adaptée de l’association. Aujourd’hui, il a 25 ans et travaille en tant qu’avocat au sein du cabinet d’avocats Sotra spécialisé en matière de conseils juridiques dans les litiges relatifs au droit du travail. A côté de son activité principale, il est également professeur de droit du travail et de la sécurité sociale dans une haute école bruxelloise. Il dispense des cours à des étudiants-infirmiers qui suivent une spécialisation.

Aleandre-Wespes

De quelle déficience visuelle souffrez-vous ? Avez-vous toujours été non-voyant ?

J’ai une rétinite pigmentaire qui est une maladie congénitale. Je perds petit à petit la vue et je perçois encore des formes sans pouvoir distinguer les détails. La lumière m’éblouit et c’est la raison pour laquelle je mets des lunettes de soleil lorsque je sors dans la rue. Dans le passé, je mettais également des lentilles colorées qui diminuaient la luminosité. En raison de la dangerosité de celles-ci, j’ai décidé d’arrêter de les porter. En effet, de par le fait qu’elles m’étaient très utiles, je les mettais tous les jours et très longtemps et des « néo-vaisseaux » sont apparus dans mes yeux ce qui est relativement dangereux. En raison de l’état d’avancement de ma maladie, j’ai dû entreprendre des démarches pour avoir un chien guide (Laïka) qui m’accompagne partout et m’aide dans mes déplacements. A force d’être toujours avec elle, je n’imagine plus ma vie sans elle tant elle est devenue pour moi plus qu’une aide mais un membre à part entière de ma vie.

Quel a été votre parcours scolaire et universitaire ? Utilisiez-vous du matériel adapté ?

J’ai toujours été en enseignement ordinaire. Au départ, durant mes années primaires et secondaires, j’utilisais de l’encre noir sur du papier blanc pour que le contraste soit le plus important. J’utilisais également une loupe pour agrandir certains textes. Un accord avait été conclu avec mes professeurs pour que les feuilles me soient données en caractère 14 et en gras.

Durant mes humanités, je disposais en classe d’une TV-Loupe avec une caméra intégrée qui me permettait de zoomer sur le tableau. Dans les dernières années, j’avais l’autorisation de prendre mon ordinateur portable.

A l’université, j’étudiais sur des syllabi en version informatisée. Je mettais le document sur mon ordinateur et, grâce à des programmes spécifiques, ce dernier me le lisait.

Je dois reconnaître que j’ai pu réussir mes études sans trop d’embûche grâce à l’aide qui m’a été apportée par mes parents. Ils ont énormément contribué à ma réussite scolaire.
Comment se passe votre travail au quotidien ?

Actuellement et en raison de l’avancée de ma maladie, je travaille exclusivement grâce à des programmes de synthèse vocale. Ceci signifie que je transforme l’ensemble de mes documents papiers en document informatique et que je les intègre dans un programme qui me les lit. J’utilise mon téléphone portable pour photographier des feuilles papiers afin que le téléphone puisse me lire leurs contenus.

En tant que personne déficiente visuelle, avez-vous éprouvé des difficultés à trouver un emploi ?

Il est certain que j’ai déjà été confronté soit explicitement soit implicitement à de la discrimination sur base de mon handicap. A titre d’exemple, un employeur du secteur public m’avait expliqué que les chiens n’étaient pas admis dans son institution. Par respect pour lui, je n’évoquerai, bien entendu, ni son nom ni son institution. Cependant, ce n’est jamais plaisant d’entendre une ré-flexion de la sorte.

Ensuite, je me doute que certains employeurs, à la vue de mon curriculum vitae, se sont dit que ce serait trop compliqué et m’ont répondu qu’ils n’avaient plus de place ou même ne m’ont pas répondu du tout.

Néanmoins, je suis bien conscient que mon handicap ne fut pas – heureusement d’ailleurs – l’unique motif qui m’a empêché de trouver un travail directement après mes études. En effet, je n’étais pas le seul jeune à me présenter sur le marché de l’emploi et, comme tout le monde le sait, les places sont chères vu le nombre im-portant de demandes.

Quels sont vos hobbys, pratiquez-vous du sport ?

Je joue au «five-a-side» ou encore appelé en français « cécifoot » qui est du football pour aveugle et malvoyant. C’est un sport adapté dans lequel tout ce qui est visuel est remplacé par de l’auditif. Dans ce cadre, je joue pour le R.S.C. Anderlecht mais aussi pour l’équipe nationale. Les règles sont les suivantes :

  • Chaque équipe est composée de cinq joueurs : un gardien bien voyant et quatre joueurs de champ qui doivent mettre un bandeau sur les yeux afin de créer une égalité totale entre joueurs. Donc, aucun joueur de champ ne voit.
  • Le ballon est sonore
  • Un coach bien voyant se trouve sur le bord du terrain et donne des informations orales aux joueurs sur le déroulement du jeu.
  • Un autre coach se place derrière le goal adverse et donne des indications aux attaquants pour qu’ils sachent où ils doivent shooter.
  • Les joueurs doivent dire « voy » quand ils se déplacent et ce dans le but d’éviter les collisions.
  • Les buts font environ 3 mètres de large et deux mètres de hauteur.

Dans ce cadre, je joue pour le R.S.C. Anderlecht mais aussi pour l’équipe nationale.

J’ai également, dans le passé, pris quelques cours de guitare et je joue encore de cet instrument de temps en temps. J’essaye encore de pratiquer au plus le néerlandais et l’anglais afin de pouvoir prétendre être un jour trilingue. J’aime également beaucoup regarder des documentaires.

Quels sont vos projets futurs ?

Je viens d’acheter un appartement. Donc, outre le fait de conserver mon emploi et retrouver une nouvelle petite amie, je dirais que mon projet à court terme est de pouvoir emménager le plus rapidement possible. A moyen et long terme, je voudrais fonder une famille, avoir des enfants… Bref, avoir une vie normale. C’est finalement l’unique but de ma vie : avoir une vie normale.

Journée internationale des personnes handicapées

Depuis plusieurs années, le Lions Club de Frameries mène des actions de sensibilisation à la déficience visuelle, en collaboration avec  l’œuvre fédérale Les Amis des Aveugles et Malvoyants. A la veille de la Saint-Nicolas et à l’occasion de la Journée Internationale de la Personne handicapée ce jeudi 3 décembre, le Lions Club de Frameries a décidé d’étendre son aide en intervenant financièrement dans le trajet de soins de personnes déficientes visuelles habitant Frameries, dont le dossier est traité par le service social de l’association.

Pour 2015, une petite dizaine de bénéficiaires ont été identifiés et ont reçu un montant unique de 100 euros. A l’avenir, ce montant sera variable, adapté au cas par cas. L’intervention couvrira, en tout ou en partie,  les dépenses de santé liées à la vision, qui ne seraient pas remboursées par les mutuelles, l’AWIPH, ou encore d’autres organismes ou assurances.

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Aucune autre condition préalable n’est imposée. Comme l’indiquait une des bénéficiaires, « cela tombe bien à point, aussi pour les personnes de plus de 65 ans dont les dépenses ne sont pas remboursées par l’AWIPH ». Et de témoigner : « Ce qui m’a le plus coûté a été de faire le premier pas, reconnaître que je perdais la vue, que je devais me faire accompagner. J’ai trouvé aux Amis des Aveugles une écoute et des solutions adaptées et personnalisées.  Aujourd’hui, je me déplace à nouveau seule grâce à ma canne et je dévore des livres grâce au Milestone. Tout cela a été possible grâce aux conseils et aux formations que j’ai reçues aux Amis des Aveugles ».

Reportage de Télémb :

http://www.telemb.be/embded_telemb.php?id=17489

Quel que soit leur âge, les personnes concernées, habitant Frameries, peuvent prendre contact avec le service social de l’œuvre au 065 40 31 70 ou à s.social@amisdesaveugles.org, qui instruira le dossier en toute confidentialité.

 

 

Participation à une recherche : impact de la lecture du Braille sur l’organisation du cerveau

Dans le cadre d’une recherche à l’Université Libre de Bruxelles menée par Adélaïde de Heering, post-doctorante dans le groupe de recherche « Unité de Recherche en Neurosciences Cognitives » (UNESCOG) sous la supervision du Professeur Régine Kolinsky, nous cherchons à recruter des personnes aveugles de naissance et des personnes voyantes avec différents niveaux de lecture du Braille. Nous nous intéressons, en effet, à l’impact de la lecture du Braille sur l’organisation du cerveau dans le but d’étudier plus précisément la nature des processus cognitifs impliqués quand un participant lit des patterns Braille tels que des lettres, des mots, des chiffres, etc.

Cette expérience aura lieu dans l’environnement du participant ou dans les locaux de l’ULB. De manière tout fait générale, il lui sera demandé de répondre à un questionnaire et de lire des patterns Braille pendant que ses réponses seront enregistrées. La participation à cette étude est compensée à raison de 10€ par heure.

Si une personne acceptait de participer à cette étude, sachez que:

– Cette recherche est mise en œuvre après évaluation d’un comité d’éthique ;

– Toute participation est volontaire et nécessite la signature d’un consentement. Même après l’avoir signé, le participant peut toujours mettre fin à sa participation, à tout moment;

– Les données recueillies sont confidentielles et l’anonymat est garanti lors de la publication des résultats ;

N’hésitez pas à nous contacter si vous avez la moindre question sur le sujet.lecture braille

Dans l’attente d’une réponse positive de votre part, nous vous prions, Madame, Monsieur, d’agréer l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Célia Chaufoureau (ch.celia2@outlook.fr, 0476/ 29 75 79)

Adélaïde de Heering (addeheer@ulb.ac.be)