Interview de Luc Boland – organisateur « The Extraordinary Film Festival »

Un festival de films dont la programmation est uniquement basée sur la thématique du handicap est un peu un pari fou, Pour la 3e édition, Luc Boland, fondateur de The Extraordinary Film Festival a relevé le défi. Retour sur ses motivations à organiser un tel évènement.

_LucBoland-portrait

Comment est né The Extraordinary Film Festival?

J’ai une formation de réalisateur de films et connais très bien l’univers du cinéma pour y avoir travaillé pendant longtemps. Ensuite, je suis le papa de Lou (atteint d’un syndrome rare – le syndrome de Morsier – dont la cécité est une composante). Pour partager notre histoire peu banale, j’ai commis un documentaire en 2005 « Lettre à Lou ». A chaque diffusion, je recevais 1200 courriers me remerciant pour son universalité. Je me suis alors rendu compte du pouvoir que pouvait avoir le cinéma. Suite à ce documentaire, j’ai été invité dans des festivals à l’étranger dont Emotion Pictures à Athènes, un festival sur la thématique du handicap. Ce qui n’existait pas en Belgique ! L’organisateur m’a proposé une partie de son catalogue pour monter un projet pilote en Belgique. En 2010, nous avons réuni 300 personnes à l’hôpital Erasme pour une première ébauche de ce qui est devenu aujourd’hui The Extraordinary Film Festival.

Pourquoi un changement de nom alors que les deux premières éditions s’intitulaient « Festival EOP » ?

Les chiffres de fréquentation étaient en hausse en 2013 mais nous avions envie pour la 3e édition d’encore plus de monde, encore plus de professionnels du secteur, et surtout encore plus de personnes en situation de handicap. Personne ne savait exactement ce que signifiait le nom EOP (Extraordinary et Ordinary People). Après réflexion, nous avons opté pour The Extraordinary Film Festival car nous ne voulions pas nous éloigner des termes « extraordinary et ordinary people».

Organiser un tel évènement est un acte de militance ?

Totalement ! Je n’ai plus réalisé de film depuis 8 ans mais j’ai décidé de m’impliquer dans le secteur du handicap à travers un engagement associatif. Je ne voulais pas lutter uniquement pour l’avenir de Lou mais bouger pour tous. Le handicap fait toujours peur à l’heure actuelle et fera encore peur car il pend au nez de tout le monde. Il y a un énorme travail d’éducation et de sensibilisation à réaliser. Ce festival y contribue modestement. Je suis également très fier de voir que des personnes en situation de handicap se sont engagées comme bénévoles lors des éditions précédentes et s’impliquent encore plus cette année.

Est-ce facile de pérenniser l’évènement ?

A chaque édition, c’est le retour à la case départ ! Il n’y a pas de poste récurrent mise à part le mien depuis peu. C’est un travail qui est à la fois épuisant mais qui est très intéressant. Nous avons l’ambition de grandir et que de plus en plus de spectateurs viennent. Au niveau budget, c’est très compliqué aussi car par exemple l’accessibilité du festival représente 1/3 du budget (soit 58000 euros) il est hors de question de ne pas le faire ! Nous sommes le seul festival de films à consacrer un budget aussi conséquent à l’accessibilité.

Qu’avez-vous mis en place pour les déficients visuels ?

Grâce aux Amis des Aveugles et à Audioscenic nous proposerons l’audiodescription de l’ensemble de la programmation du festival. Des casques seront proposés à l’accueil tout au long du festival à Namur.

Nouveauté de cette édition et grâce aux sociétés Twavox et Sennheiser, nous proposerons aussi la réception des audiodescriptions directement sur Smartphone.

Pour ce faire, rien de plus simple : téléchargez gratuitement sur Google Store ou l’App Store le logiciel adéquat. N’oubliez pas votre casque pour profiter de l’expérience.
– Pour les séances de Namur et Liège télécharger  » Cinema Connect  » de Sennheiser.
– Pour les séances de Mons et Charleroi télécharger  » Twavox « .

A défaut, tous les sites du festival seront équipés de casques Sennheiser fourni par nos soins.

Quel est votre avis sur l’accessibilité de l’audiovisuel ?

L’offre est très pauvre sur le réseau télévisuel francophone. Pire, il est souvent impossible de capter l’audiodescription des chaînes françaises (où la quantité de programme est plus importante en raison de normes plus strictes). Avec plusieurs associations, nous avons été voir le ministre qui a la tutelle sur les distributeurs pour faire évoluer les choses. En vain. Il suffit que les distributeurs reprogramment les décodeurs pour permettre d’activer le canal dédié à l’audiodescription.

Et vos projets futurs ?

Tout va dépendre de l’avenir de Lou … Dans trois, Il aura 21 ans et devra quitter l’’enseignement spécialisé. Il n’existe pas de centre adapté pour lui en raison de la particularité de son handicap. J’ai le projet de construire avec d’autres un centre de jour sur base d’un projet artistique. Le centre serait même à la limite d’une entreprise de travail adapté car nous aimerions que les résidents puissent réaliser des cd, se produire sur scène, jouer des pièces de théâtre. Si ce projet ne fonctionne pas, je devrais quitter mon engagement associatif pour m’occuper de Lou. Quant à moi, je ne pense pas repasser derrière une caméra, je suis occasionnellement cinéaste pour filmer les prestations de Lou que vous pouvez voir sur ma chaîne Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCYBQPSCV4EUXTypisVhIWtw

The Extraordinary Film Festival du 11 au 15 novembre 2015 à Namur,

avec des séances délocalisées à Bruxelles, Liège, Charleroi, Mons et Libramont le 10 novembre.

Programme et infos sur http://www.teff.be

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