Vieillissement et déficience visuelle

  1. Le vieillissement

Aujourd’hui, en particulier dans nos pays développés, la distribution de la déficience visuelle est fortement influencée par l’âge. En effet, 65 % des personnes présentant d’importants problèmes de vision ont plus de 50 ans. Or, c’est 20 % de notre population qui appartient à cette tranche d’âge. Si l’on s’intéresse aux personnes âgées de 85 à 89 ans, on relève que près de 20 % d’entre elles connaissent une déficience visuelle grave. A partir de 90 ans, elles seraient 38 %. On peut dire que globalement, la moitié des personnes déficientes visuelles sont des personnes âgées de plus de 60 ans.

Et dans le futur ? En raison de l’allongement de l’espérance de vie, de la croissance démographique et de l’augmentation des maladies chroniques non transmissibles (dont le diabète), la prévalence de pathologies oculaires chroniques liées à l’âge sera en augmentation progressive dans les années à venir.

La situation d’une personne perdant la vue avec l’âge est très différente de celle de quelqu’un ayant toujours vécu avec un handicap visuel. La survenue d’une baisse visuelle pendant le troisième âge pose schématiquement trois types de problèmes spécifiques :

  1. Pour continuer à vivre normalement, l’adaptation du comportement est beaucoup moins aisée. Plus l’âge augmente et plus les habitudes pèsent, prennent de l’importance et ont du mal à être remplacées par d’autres, pourtant rendues indispensables du fait de la déficience.
  1. Pour maintenir les activités, le recours aux stratégies de compensation est beaucoup moins poussé. Jusqu’à la survenue de la déficience visuelle, un certain nombre d’activités peuvent être toujours pratiquées couramment et avec aisance. Mais, de façon insidieuse, d’autres devenues plus pénibles ont tendance à être abandonnées. Par la compensation sensorielle, les stratégies qui peuvent être développées sont pourtant nécessaires au sentiment d’estime de soi, à l’assurance d’être « toujours capable de ». Et elles seront d’autant plus efficientes qu’elles s’appuieront sur un contexte, des gestes et des motivations inchangés.
  1. Enfin, avec l’avancée en âge, la personne aura plus de mal à optimiser le potentiel visuel conservé, à utiliser celui-ci pour lire, se mouvoir, etc. sans « s’aveugliser » davantage. L’angoisse liée aux gestes de la vie quotidienne est plus prégnante, le rythme se ralentit.
  1. Données épidémiologiques

Les données épidémiologiques de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) permettent de situer le pourcentage des personnes déficientes visuelles à 9,6 % en Europe.

Il n’existe, en Belgique, aucune statistique disponible relative à la prévalence de la cécité et de la malvoyance. Ce manque de données est problématique dans la mesure où il constitue un obstacle à la planification, au suivi et à l’évaluation des interventions dans le domaine. Par ailleurs, il constitue une entrave à l’analyse de l’évolution des pathologies visuelles et à la mise au point d’interventions de santé publique adéquates.

Néanmoins, une approximation peut être tentée en recourant à une extrapolation à partir des données françaises disponibles, puisque les caractéristiques de cette population sont relativement semblables à celles de la population belge.

  • Données épidémiologiques françaises

En France, 5,8 % de la population totale ressent une déficience visuelle.

Atteinte Effectif Proportion
Cécité 62.000 1,02/1000
Malvoyance sévère 145.000 2,43/1000
Malvoyance moyenne 932.000 15,53/1000
  • Extrapolation à la Belgique
Atteinte Effectif Proportion Population Belge (11.082.744) Population hennuyère[1] (1.326.962)
Cécité 62.000 0,10% 11.304,3989 1.353,50124
Malvoyance sévère 145.000 0,24% 26.931,0679 3.224,51766
Malvoyance moyenne 932.000 1,55% 172.115,014 20.607,7199
  1. Pathologies visuelles chez la personne âgée

Les principales causes de cécité et de déficience visuelle liées à l’âge sont la cataracte, le glaucome, la rétinopathie diabétique et la dégénérescence maculaire liée à l’âge.

Au niveau mondial, la DMLA représente la troisième cause de cécité (8,7 % des pathologies visuelles). C’est la première cause de déficience visuelle dans les pays industrialisés. En Belgique, la DMLA touche plus de 30.000 personnes. Chaque année, 5.000 nouveaux cas sont répertoriés.

L’augmentation du diabète dans la population a conduit l’OMS à ajouter cette pathologie, liée notamment au vieillissement, à la liste des maladies prioritaires.

  1. Axes d’intervention

Après les premières étapes d’établissement du diagnostic puis d’évaluation du degré de handicap induit par la pathologie, la problématique des personnes à vision déficiente est celle du pronostic, incluant l’analyse des moyens et des conditions d’adaptation. Avoir une baisse, une perte ou une absence de possibilités visuelles implique au quotidien un grand nombre de conséquences matérielles et sociales. Comment parvenir, malgré la déficience visuelle, à se déplacer, à l’intérieur comme à l’extérieur ? A conserver un rôle et un statut social correspondant à ses ambitions, à son image de soi ? Comment faire face aux besoins concrets de la vie de tous les jours ? Quelle intégration viser ? Quelle intégration obtenir ? Quelle reconnaissance et quelle inclusion sociale espérer encore ?

  • En amont

Actions de plaidoyer

À l’échelle mondiale, 80 % de toutes les déficiences visuelles peuvent être prévenues ou guéries. On sait d’une part qu’une grande partie des principales causes de cécité sont liées au vieillissement, d’autre part que de nombreuses situations de cécité pourraient être évitées par des traitements précoces ou par la correction correcte des cataractes et des glaucomes. Il est donc particulièrement important de renforcer les initiatives visant à protéger la santé oculaire ainsi que les partenariats et la coordination entre les acteurs intervenant dans la prévention de la cécité évitable.

Prévention

Les actions de sensibilisation aux possibilités de prévention méritent d’être beaucoup plus largement soutenues. Favoriser le dépistage et l’éducation à un comportement adapté sont des moyens de diminuer les résultantes inéluctables du vieillissement.

Dès lors, davantage d’actions en amont agrémentées d’une meilleure diffusion de l’information permettraient de lever certains des obstacles actuels à une meilleure utilisation des services existants. Une fois connue, l’offre de technologies abordables – qui permet de proposer des soins ophtalmologiques de meilleure qualité- inciterait davantage de patients à se faire soigner et souvent à un stade plus précoce.

  • Le diagnostic

Autour du diagnostic, l’information spécifique par des ophtalmologues et professionnels spécialistes de la basse vision ainsi qu’un accompagnement psychologique sont indispensables. Favoriser l’orientation vers les services adéquats est une étape clef dans un processus de soutien aux personnes vieillissantes, confrontées à des pertes d’autonomie dans des domaines très divers (fin de la conduite automobile, anxiété liée aux déplacements en milieu inconnu, difficultés de concentration et mémorisation, etc.).

  • Prise en charge

En raison de la transition démographique et épidémiologique, le fardeau des maladies oculaires invalidantes, avec les besoins et la demande de services ophtalmologiques qui en découlent, augmenteront en valeur absolue. Pour les pouvoirs publics et pour les dispensateurs de soins de santé, le défi consistera à pouvoir répondre à cette demande.

La communication autour des services existants, dans un environnement géographique proche, constitue un paramètre essentiel de réussite des propositions de prise en charge.

L’un des problèmes à nécessairement résoudre a trait à l’inégalité des services. On sait que le poids de la déficience visuelle se fait le plus cruellement sentir dans des populations défavorisées, les femmes et les personnes âgées étant généralement dans les situations les plus précaires. L’accès aux soins ophtalmologiques leur sera notamment assuré grâce à la mise au point et à la diffusion de technologies appropriées d’un bon rapport coût/efficacité et donc susceptibles de rendre ces soins abordables. Des efforts accrus doivent être faits en vue d’évaluer de nouvelles options bon marché en matière de prévention et de traitement.

Enfin, l’un des principaux problèmes à résoudre pour éliminer la cécité évitable à l’avenir sera d‘investir dans un personnel qualifié convenablement formé, susceptible d’aborder le problème de la déficience visuelle liée à l’âge dans sa globalité et en référence à la qualité de vie de la personne.

Par         Stéphanie DEMARTIN,

Directrice du centre de réadaptation  – Œuvre Fédérale Les Amis des Aveugles et Malvoyants

Chantal LECOLIER,

Directrice stratégie et développement – Œuvre Fédérale Les Amis des Aveugles et Malvoyants.

[1] Les chiffres relatifs à la population hennuyère incluent ceux relatifs aux arrondissements d’Ath, de Charleroi, de Mons, de Mouscron, de Soignies, de Thuin et de Tournai.

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