L’école pour tous

Dans une enquête de La Ligue Des Familles[1] publiée en juin 2014, 95 % des personnes interrogées pensent que l’accès à l’éducation est prioritaire pour les per­sonnes en situation de handicap et 97 % sont favorables à l’inclusion des enfants en situation de handicap dans l’enseignement ordinaire. À l’occasion de la rentrée scolaire, nous nous sommes penchés sur les éléments qui permettent qu’ aujourd’hui, dans une optique d’égalité des chances, des élèves en situation de handicap puissent suivre le même parcours scolaire que leurs condisciples. 

Naissance de l’enseignement spécial

La scolarité des enfants en situation de handicap était assurée au XIXe siècle en Belgique par des établissements privés en marge du système scolaire ordinaire. Nous pouvons citer parmi ceux-ci, l’école privée pour aveugles créée à Ghlin en 1885 par Léonard Simonon et qui donnera par la suite nais­sance à l’ASBL « Les Amis des Aveugles et Malvoyants». Suite au mouvement de défense sociale qui aboutit au XXe siècle aux mesures de protection de l’enfance, la loi sur l’instruction obligatoire fut votée en 1914. Elle prévoyait que les communes organisent des classes pour « enfants fai­blement doués ou arriérés ou pour enfants anormaux ». En réalité, les enfants en situation de handicap étaient très peu pris en charge. Ils étaient mis à l’écart dans des classes annexées aux écoles ordinaires.

En 1970, une loi organisant l’enseignement spécial est vo­tée. L’enseignement spécial est organisé sur base d’une typologie des différents handicaps. Le type 6 concerne les enfants présentant une déficience visuelle. Ce système éducatif fit à l’époque l’admiration des autres pays euro­péens de par le souci de la Belgique de créer un système d’enseignement « pour tous ».

Développement des pratiques d’intégration

Parallèlement au développement de l’enseignement spécia­l, des initiatives d’intégration dans des établissements scolaires ordinaires ont eu lieu sur l’impulsion de certains parents. À la fin des années 70, un mouvement en faveur de l’intégration scolaire s’est propagé en Europe pour per­mettre aux enfants en situation de handicap d’avoir accès à l’enseignement ordinaire.

Une loi de 1986 prévoyait que certains élèves en situation de han­dicap – notamment les déficients visuels – puissent suivre des cours dans l’enseignement ordi­naire.  L’intégration sco­laire sera renforcée dans un arrêté ministériel de 1995 qui permet aux enfants présentant un handicap physique ou sensoriel d’être intégré de façon permanente et totale dans l’enseignement ordinaire.

Dans les années 90, le terme d’inclusion apparait. Le but d’un système d’enseignement inclusif est d’assurer un égal accès à l’éducation pour tous les enfants. « Intégra­tion » et « inclusion » revêtent un sens différent. Dans l’intégration, il s’agit de faire entrer une personne dans le groupe dont elle était précédemment exclue. Dans l’inclusion, la personne est considérée comme présente dès le départ dans le groupe et doit avoir accès de manière égale aux activités du groupe, peu importe ses particularités.

Les enfants à besoins spécifiques ont droit à des aménagements raisonnables

Le décret de la Communauté française du 3 mars 2004 or­ganisant l’enseignement spécialisé et modifié par le décret du 5 février 2009, a apporté d’importants changements. D’une part, « l’enseignement spécial » devient « l’enseignement spécialisé ». D’autre part, le décret ne mentionne plus les termes d’ « enfants handicapés » mais plutôt « d’enfants à besoins spécifiques ». Il s’agit des be­soins, liés à la condition de l’enfant et à ses déficiences in­nées ou acquises, exigeant une modification qualitative ou quantitative importante des ressources dévo­lues à l’enfant.[2]

À travers ces deux décrets, la Communauté française a dé­gagé des moyens pour assurer l’intégration des enfants à besoins spécifiques. L’intégration peut revêtir 4 formes. Elle peut être permanente totale ou partielle : l’enfant suit l’entièreté de sa scolarité dans l’enseignement ordinaire ou certains cours dans l’enseignement ordinaire et d’autres dans l’enseignement spécial. Elle peut être temporaire   totale ou partielle : l’enfant suit alors tous les cours de l’enseignement ordinaire ou une partie des cours de l’enseignement ordinaire pendant une période déterminée.

Un accompagnement de l’enseignement spécial peut dans certains cas être octroyé aux élèves se trouvant en intégra­tion dans l’enseignement ordinaire.

La loi du 10 mai 2007 tendant à lutter contre certaines formes de discrimination a introduit en droit belge la notion « d’aménagement raisonnable ». Il s’agit « d’une mesure concrète permettant de réduire, autant que possible, les ef­fets négatifs d’un environnement inadapté sur la participa­tion d’une personne à la vie en société. »[3] Le but n’est pas d’avantager un enfant mais plutôt de compenser les effets négatifs du handicap et de l’environnement inadapté. Les aménagements raisonnables sont par exemple les agran­dissements, les transcriptions en braille des cours ou encore la présence d’un accompagnateur scolaire pour aider l’élève dans certaines matières plus difficiles.

Des services spécifiques pour faciliter l’intégration

Les services d’aide précoce ont pour mission d’aider l’enfant et sa famille à vivre au mieux la période de petite enfance tant sur le plan éducatif, social et psychologique. Ils prennent en charge les enfants jusqu’à l’âge de 8 ans. Ils peuvent également être amenés à fournir des informations à la crèche ou à l’école qui accueille l’enfant.

Les services d’aide à l’intégration assurent le relais des services d’aide précoce lorsque l’enfant à 6 ans. Ils peuvent intervenir dans son milieu de vie comme dans son environnement scolaire en fournissant par exemple à l’enfant ou à sa famille une aide éducative pour favoriser son intégration sociale et scolaire mais aussi son autonomie.

Les services d’accompagnement pédagogique assurent la transition et l’accompagnement dans l’enseignement supérieur. Ils mènent une réflexion et une recherche d’aménagements quant aux besoins pédago­giques ou en autonomie. Ils sont un relais entre l’étudiant et le corps professoral et peuvent orga­niser des sensibilisations et fournir des informations concer­nant le handicap.[4]

Les centres de réadaptation fonctionnelle travaillent en coordination avec les autres services mais aussi avec l’école de l’enfant. Après une évaluation précise de la situa­tion visuelle, les thérapeutes envisagent le matériel adapté à acquérir et organisent l’apprentissage de celui-ci. Plus tard, ils vérifieront sur place la bonne utilisation du matériel en classe. L’enfant peut aussi avoir besoin de leur aide pour se repérer dans l’école ou bien pour assurer sa bonne intégra­tion sociale dans la classe.

Ces services travaillent également en étroite collaboration avec les centres de transcription adap­tée qui assurent l’adaptation de tous les documents écrits né­cessaires à la scolarité de l’enfant et ce, dans le format qui lui convient le mieux.

En conclusion, une bonne intégration ne peut se produire que si chaque personne et chaque service impliqués soient « un acteur engagé de l’intégration scolaire de l’enfant, de l’adolescent ou du jeune adulte », comme le souligne Stéphanie Demartin du centre de réadaptation fonctionnelle des Amis des Aveugles. Le but est de trouver la forme d’enseignement dans laquelle il pourra s’épanouir.

Témoignage : Grégory D. est atteint d’un glaucome congé­nital qui le place dans une situation de cécité presque complète. Equipé d’une barrette braille et d’une synthèse vocale, il a été intégré dans l’enseignement ordinaire après sa 4e année secondaire en 2001. Pour lui, l’intégration est bénéfique parce qu’elle est « nécessaire pour la réalisation profes­sionnelle et sociale » et qu’elle lui a permis « de suivre une vie nor­male ». Il précise : « si c’était à refaire, je reprendrais le même chemin ».

[1] Ligue Des Familles, Enquête « Familles et handicaps », publiée en ligne le 16 juin 2014, https://www.laligue.be/association/communique/analyse_enquete-familles-et-handicaps

[2] http://www.fileasbl.be/telechargements/FILE_Chap2.pdf

[3] Centre pour l’égalité des chances, À l’école de ton choix, Les aménagements raisonnables dans l’enseignement, 2e édition, juin 2014 http://www.diversite.be

[4] Le SAPES de Marcinelle peut vous aider à trouver des réponses et veille à ce que votre situation de « handicap » ne constitue pas un frein à votre réussite dans l’enseignement provincial du Hainaut. Coordinatrice : Natahalie Vanzeveren : 071.44.72.81 nathalie.vanzeveren@hainaut.be

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